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Infusion d’automne aux épices : lire le mélange et les précautions

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Que contient vraiment votre infusion d’automne ?

Cannelle, gingembre, curcuma, tilleul, menthe, morceaux de pomme… Dès les premiers froids, les mélanges « d’automne », « d’hiver » ou « chaï » reviennent dans les placards. Leur nom donne envie, mais c’est la liste des ingrédients qui dit ce que vous allez boire : dans quel ordre, en quelle proportion, avec ou sans arôme, avec ou sans thé.

Ce guide vous aide à lire cette étiquette pas à pas, puis à repérer les précautions que les autorités sanitaires associent aux plantes les plus courantes de ces mélanges. Il ne prête aucun bienfait aux plantes : il s’appuie sur les monographies de l’Agence européenne des médicaments (EMA), sur l’Institut fédéral allemand d’évaluation des risques (BfR) et l’Anses pour la cannelle, et sur le règlement européen qui encadre l’étiquetage des aliments.

L’essentiel en 30 secondes

  • Le nom ne suffit pas : « infusion d’automne » est un nom commercial. La liste des ingrédients, classés du plus lourd au plus léger, dit ce que contient le mélange.
  • Les pourcentages apparaissent quand un ingrédient est mis en avant dans le nom ou sur l’emballage, par exemple dans un « curcuma chaï ».
  • « Arôme naturel de cannelle » et « arôme naturel » ne désignent pas la même chose.
  • Cannelle : la cannelle de Ceylan contient peu de coumarine ; la cannelle casse (ou cannelle de Chine) en contient beaucoup plus.
  • Grossesse, allaitement, enfants : les monographies européennes ne recommandent pas l’usage médicinal de la plupart de ces plantes, faute de données suffisantes.
  • Reflux, calculs biliaires, maladie du foie : la menthe poivrée, le curcuma et la cannelle casse appellent la prudence.

Infusion, tisane, thé : de quoi parle-t-on ?

Une tisane, ou infusion de plantes, se prépare avec de l’eau et une ou plusieurs plantes séchées. La Pharmacopée française la définit comme une « préparation aqueuse buvable, obtenue à partir d’une ou plusieurs drogues végétales » et distingue trois façons de la préparer :

  • l’infusion : l’eau bouillante est versée sur les plantes, qui restent en contact environ 10 à 15 minutes. Elle convient à la plupart des feuilles et des fleurs ;
  • la décoction : les plantes sont maintenues dans l’eau à ébullition pendant 15 à 30 minutes. Elle convient à la plupart des racines, rhizomes et écorces ;
  • la macération : les plantes restent dans l’eau à environ 25 °C pendant 30 minutes.

Un mélange d’automne associe souvent les deux familles : des fleurs et des feuilles (tilleul, menthe) et des racines ou des écorces (gingembre, curcuma, cannelle). Suivez la préparation indiquée sur l’emballage : certains mélanges s’infusent quelques minutes, d’autres frémissent plus longtemps dans l’eau, et chacun est dosé différemment.

Avec ou sans thé ? Un mélange vendu comme « chaï » ne contient pas forcément de thé. Seule la liste des ingrédients le dit : si du thé y figure, il fait partie de votre tasse.

Lire la liste des ingrédients : l’ordre et les pourcentages

Le règlement européen n° 1169/2011 fixe les règles d’étiquetage des aliments, infusions comprises. Trois points suffisent pour lire un mélange.

  1. L’ordre. La liste comprend tous les ingrédients, « dans l’ordre décroissant de leur importance pondérale » au moment de la fabrication (article 18). Le premier ingrédient est le plus lourd du mélange.
  2. Les exceptions à l’ordre. Un mélange de plantes ou d’épices dont aucune ne prédomine nettement en poids peut les citer dans un autre ordre, à condition d’ajouter une mention comme « en proportion variable ». Les ingrédients qui pèsent moins de 2 % du produit peuvent aussi être cités dans un ordre différent, après les autres (annexe VII).
  3. Les pourcentages. La quantité d’un ingrédient doit être indiquée, en pourcentage, quand il figure dans le nom du produit, quand il est mis en évidence par des mots ou des images, ou quand il est essentiel pour caractériser le produit (article 22). En revanche, un ingrédient utilisé à faible dose pour aromatiser, comme une épice, peut en être dispensé (annexe VIII et communication de la Commission de 2017).

Le bon réflexe : comparez le nom, l’image et le pourcentage. Une épice vedette de l’emballage mais citée en fin de liste pèse peu dans le mélange.

Ne cherchez pas forcément de tableau nutritionnel : les infusions de plantes ou de fruits sans autre ingrédient ajouté que des arômes en sont dispensées (annexe V).

« Arôme naturel de cannelle » ou « arôme naturel » : ce qui change

Les arômes obéissent au règlement (CE) n° 1334/2008, dont l’article 16 encadre le mot « naturel » :

  • « arôme naturel de cannelle » : la partie aromatisante provient de la cannelle, exclusivement ou à au moins 95 % ;
  • « arôme naturel de cannelle avec autres arômes naturels » : elle provient en partie de la cannelle, dont la saveur reste facilement reconnaissable ;
  • « arôme naturel » tout court : elle est issue de différents matériaux de base, et le goût annoncé ne correspond pas forcément à l’un d’eux.

Un arôme n’est pas une plante entière. Si vous cherchez un mélange fait seulement de plantes, vérifiez qu’aucun arôme n’apparaît dans la liste.

Cannelle : Ceylan ou casse, la question de la coumarine

La cannelle est souvent l’épice signature des mélanges d’automne. Toutes les cannelles ne se valent pourtant pas sur un point : leur teneur en coumarine, une substance aromatique naturelle qui, chez des personnes particulièrement sensibles, peut abîmer le foie, un effet en général réversible selon le BfR.

  • La cannelle de Ceylan (Cinnamomum verum) ne contient que de faibles quantités de coumarine, sans risque pour la santé selon le BfR. La cannelle casse (Cinnamomum cassia, ou cannelle de Chine) en contient davantage : en moyenne environ 3 g par kilo, jusqu’à 10 g par kilo dans les échantillons les plus chargés.
  • L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a fixé une dose journalière tolérable de 0,1 mg de coumarine par kilo de poids corporel. D’après le BfR, un adulte de 60 kg l’atteint avec environ 2 g de cannelle casse par jour, un jeune enfant de 15 kg avec environ 0,5 g. Un léger dépassement pendant une à deux semaines n’est pas jugé préoccupant : le risque tient à une consommation importante et prolongée.
  • Le BfR conseille la cannelle de Ceylan à ceux qui utilisent souvent de grandes quantités de cannelle. L’Anses, elle, déconseille aux personnes atteintes d’une maladie du foie de consommer des aliments riches en cannelle.

Quelle part de la coumarine passe de la cannelle à la tasse ? Les sources consultées ne le précisent pas. Le repère pratique reste l’étiquette :

  • cherchez la variété : « cannelle de Ceylan », Cinnamomum verum ou Cinnamomum zeylanicum. Le mot « cannelle » seul ne dit pas laquelle ;
  • en bâton, le BfR décrit la cannelle de Ceylan comme plusieurs fines couches d’écorce roulées ensemble, comme un cigare coupé, alors que la casse forme une écorce épaisse enroulée ;
  • si la cannelle de votre infusion s’ajoute chaque jour à celle de votre cuisine ou d’un complément alimentaire, la variété compte davantage.

Les plantes du mélange : ce que disent les monographies européennes

Plusieurs plantes de ces mélanges ont une monographie de l’EMA. Ces textes décrivent un usage médicinal traditionnel, à des doses précises : une infusion vendue comme aliment n’est pas un médicament, et ses ingrédients ne lui confèrent aucun effet garanti. Les précautions qui y figurent restent de bons repères.

  • Tilleul (fleur) : non recommandé chez l’enfant de moins de 4 ans, ou de moins de 12 ans selon l’usage ; non recommandé pendant la grossesse et l’allaitement, faute de données. La monographie ne mentionne ni effet indésirable ni interaction connus.
  • Gingembre (rhizome) : effets indésirables fréquents possibles, comme maux d’estomac, éructations, digestion difficile, brûlures d’estomac et nausées. Par précaution, mieux vaut l’éviter pendant la grossesse ; il n’est pas recommandé pendant l’allaitement, faute de données. Sa monographie de 2025 porte sur la poudre et les teintures, pas sur la tisane.
  • Curcuma (rhizome) : non recommandé en cas d’obstruction des voies biliaires, d’inflammation des voies biliaires (angiocholite), de maladie du foie, de calculs biliaires ou d’autre maladie biliaire. Non recommandé avant 18 ans, pendant la grossesse et l’allaitement, faute de données. Effets possibles : bouche sèche, flatulences, irritation de l’estomac. L’EMA note aussi que des interactions médicamenteuses ont été rapportées dans des essais cliniques, à des doses supérieures à celles de sa monographie.
  • Cannelle de Ceylan (écorce) : contre-indiquée en cas d’allergie à la cannelle ou au baume du Pérou ; non recommandée avant 18 ans, pendant la grossesse et l’allaitement, faute de données. Cette monographie concerne la Ceylan, pas la casse.
  • Menthe poivrée (feuille) : à éviter en cas de reflux gastro-œsophagien, car les brûlures d’estomac peuvent augmenter ; prudence en cas de calculs biliaires ou d’autres troubles biliaires ; non recommandée avant 4 ans, pendant la grossesse et l’allaitement, faute de données ; contre-indiquée en cas d’allergie à la menthe poivrée ou au menthol.
  • Clou de girofle : l’EMA a décidé de ne pas établir de monographie (déclaration publique de 2011). Pour la menthe douce et la ronce, nous n’avons pas trouvé de monographie européenne. Faute de texte de référence, nous ne leur attribuons ni effet ni précaution particulière.

Dans tous les cas, une allergie connue à l’une des plantes du mélange est une raison de s’en abstenir.

Qui doit demander conseil avant d’en boire régulièrement ?

  • Pendant la grossesse ou l’allaitement : la plupart des monographies citées ne recommandent pas l’usage médicinal de ces plantes, faute de données.
  • Pour un enfant : les seuils d’âge varient selon la plante (4 ans pour le tilleul et la menthe poivrée, 18 ans pour le curcuma et la cannelle dans leurs usages médicinaux).
  • En cas de maladie du foie ou des voies biliaires : curcuma, menthe poivrée et cannelle casse sont concernés.
  • En cas de reflux gastro-œsophagien : la menthe poivrée peut l’aggraver.
  • Sous traitement au long cours : demandez l’avis de votre pharmacien.

Si des troubles apparaissent ou persistent, parlez-en à un médecin ou à un pharmacien.

Trois mélanges pour s’exercer à lire l’étiquette

Voici trois mélanges d’automne vendus sur Humasana par trois vendeurs différents, retenus selon les mêmes critères : mélange de plusieurs plantes ou épices, disponible, page en français et en allemand au contrôle du 13 octobre 2026. Ce n’est pas un classement ; les compositions citées sont celles des fiches produit.

  • Tisane Soirée d’Hiver Bio (La Ferme Saint-Sylvain) : la composition donne le poids de chaque plante, soit menthe douce 12,64 g, ronce 12,64 g, tilleul 12,64 g et tournesol 2,08 g pour 40 g. Les trois premières pèsent donc chacune près d’un tiers du mélange. Ni cannelle, ni arôme, ni thé. La fiche indique : « À éviter chez la femme enceinte ou allaitante. »
  • Infusion Choco Chaï Bio (Yogi Tea) : sept ingrédients, sans pourcentage, dans cet ordre : écorces de cacao, cannelle, cardamome, gingembre, chicorée torréfiée, clous de girofle, poivre noir. Les écorces de cacao pèsent le plus. La fiche ne précise pas la variété de cannelle : c’est sur l’emballage qu’il faut la chercher. Pas de thé : le « chaï » vient ici des épices. La préparation indiquée est un frémissement de 10 à 15 minutes, pas une simple infusion.
  • Infusion Curcuma Chaï Bio (Bistrotea) : le curcuma, nommé dans le titre, est chiffré à 60 % et arrive en tête ; suivent gingembre, cannelle de Ceylan, noix de muscade et poivre. La variété de cannelle est indiquée. Ni arôme, ni thé.

Pour chaque plante de ces mélanges, les précautions décrites plus haut s’appliquent. Pour le cacao, la cardamome, la chicorée, le poivre, la muscade et le tournesol, nous n’avons pas trouvé de monographie européenne.

Pour une tisane d’une seule plante, lisez aussi notre guide Tisane d’ortie : dangers, contre-indications et bonne préparation .

En résumé

  • Le nom d’un mélange d’automne est commercial : la liste des ingrédients, classés par poids, et les pourcentages disent ce qu’il contient.
  • « Arôme naturel de cannelle » signifie au moins 95 % de cannelle dans la partie aromatisante ; « arôme naturel » seul, non.
  • Pour la cannelle, la variété compte : Ceylan pauvre en coumarine, casse riche en coumarine.
  • Grossesse, allaitement, enfants, maladie du foie ou des voies biliaires, reflux : demandez conseil avant un usage régulier.
  • Une infusion reste un aliment : elle ne remplace pas un avis médical.

Sources officielles